Je sors de la station et le cherche des yeux. Il arrive derrière moi, me tape sur l’épaule, me fais la bise. Il est seul, ses potes et collègues l’ont plus ou moins laissé tomber. On file dans un pub pour regarder la finale de la Cup, il est nerveux et concentré sur le foot. On discute un peu comme si de rien n’était. Il m’explique que ce soir, il y aura l’ex du hooligan, que j’avais rencontrée à son anniversaire. Je ne dois pas lui dire qu’il est en train de mal tourner à Londres. Et je ne dois pas dire au hooligan que son ex sort avec un autre pote de H. chez qui on va ce soir. Lequel pote part bientôt au Japon retrouver sa copine officiel. Oui je sais c’est compliqué. C’est aussi le commentaire de H. qui ajoute ensuite « Enfin nous, on est mal placés pour parler d’histoire compliqué » Tiens donc, maintenant nous parlons d’histoire ? Un de ses potes nous rejoint, le match se termine sur la défaite de Man U., chacun rentre chez soi et on se donne rendez-vous le soir vers 21h.
Je rentre chez ma Russe, lui fait un compte rendu rapide de ma soirée et commence à me préparer. Je file prendre le tram, j’ai 5 mn d’attente, trois Italiens engagent la conversation, ils veulent m’emmener à leur soirée Erasmus, on descend à la même station, on cherche le métro et on tombe sur H. qui les regarde d’un œil mi-amusé mi-mauvais. Direction Malakoff et la soirée de son pote, on est parmi les premiers, des potes du pote d’H. qu’il connaît plus ou moins. La soirée est sympa mais pas mémorable. Je suis assez gênée quand les gens demandent comment H. et moi nous sommes rencontrés… On est arrivés ensemble, ils croient donc qu’on est ensemble… Même son amie, l’ex du hooligan, qui pourtant doit être au courant de la situation, fait une réflexion « H. il tape sa femme ! » (on se battait à coup d’oreillers) Là je me demande ce qui est le pire : être avec quelqu’un mais faire comme si de rien n’était devant tout le monde, ou que tout le monde s’imagine que vous êtes un couple alors que non…
J’essaie d’être distante, enfin, plus distante que d’habitude, et ça marche… Il me cherche, me taquine… Il boit beaucoup, est un peu énervé, un peu agressif, m’embête comme un gamin qui réclame un peu d’attention. On discute dans un coin, il prend son portable et appelle ma Russe. Il est une heure du mat’, elle est en train de bosser son mémoire, je suis assez énervée qu’il la dérange, je lui prends son téléphone des mains. Je le laisse tout seul avec ses délires d’alcolo et pars rejoindre les autres sur le canapé. Il me suit, il est vexé que sa blague débile ne m’ait pas plu, il continue à boire, délire tout seul avec sa bière pendant qu’une grande discussion de futurs profs anti-sarko est lancé à l’autre bout du canapé. J’écoute d’une oreille, surveillant les délires d’H de l’autre. Il me regarde, fait mine de tendre le visage vers moi comme s’il voulait un baiser, il s’endort à moitié sur mon épaule, se réveille pour aller se chercher une autre bière. Je suis à moitié allongée sur le sofa, il est assis à l’autre bout, mes pieds à proximité. Il commence un massage, « y en a qui ont un de la chance » nous sort une des nanas, « et oui t’as vu, je l’ai bien dressé » . On reste en petit comité, les guitares sont de sortie, le jeu vidéo karaoké aussi. Les voisins se plaignent, vers 5h du mat tout le monde va se coucher, H et moi prenons le canapé lit.
On s’allonge côte à côte sans rien dire et on reste comme ça une petite dizaine de minutes. Il passe son bras autour de mon cou et me serre contre lui, j’ai la tête sur sa poitrine, son cœur bat à toute vitesse, il vient doucement frotter son nez contre le mien, on reste comme ça une éternité et il finit par m’embrasser. « C’est pas bien » Il me répond qu’il sait, mais il continue à m’embrasser. On finit par coucher ensemble une nouvelle fois.
Je lui demande si ça va. « Ouais et toi ? » « Je sais pas » « Pourquoi tu sais pas ? »Tentative assez lamentable de sa part de gagner du temps « Tu sais très bien pourquoi » « non dis moi » « Arrête… » Il ne dit plus rien « Et tu sais ce que c’est le pire ? Ne pas savoir ce que toi t’as dans le crâne et ce que t’en penses » « Ce que je pense de quoi ? » Mais putain il le fait exprès… « De tout ça » Silence, puis « Déjà je pense que ça mène nulle part » « Je sais » « Et puis je pense que c’est arrivé, parce que toi comme moi, et je dis bien toi comme moi, on n’a pas trouvé mieux » OK, là y a rien à répondre. Il continue à parler mais je ne l’écoute plus. Je suis blasée et vaguement dégoûtée. Je me détourne et pleure en silence, autant de rage que de tristesse. Il met sa main sur mon épaule mais je le repousse brusquement. J’essaie de m’endormir, enveloppée dans la seule couverture. Le laisser se geler les couilles, ce sera ma vengeance débile pour m’avoir prise pour une conne. Y a quand même une différence entre « Toi à Londres, moi à Paris » et « Bah j’ai rien trouvé de mieux alors en attendant quoi… » Je fais des rêves assez violents, au réveil j’ai envie de lui balancer des horreurs…
On est tous les deux réveillés mais on ne parle pas. Je lui lance des regards noirs. Je ne sais plus qui engage la conversation. Toujours est-il qu’il s’excuse et dit qu’il ne voulait pas me faire de peine. « C’est raté » « Désolé… » « N’empêche, t’as bien abusé de la situation » « … » « Tu m’as déçu » « … » « En fait tu vaux pas mieux que les autres » « … » J’ai envie de continuer sur ce ton mais je sais qu’au fond, il n’est pas le seul à être en tort, j’aurai dû écouter ce qu’il me disait plutôt qu’essayer d’analyser ses moindres faits et gestes. Puis je vois qu’il se sent plutôt mal. Il essaie de se défendre comme il peut « Mais tu savais que c’était pas sérieux non ? » Y a bien qu’un mec pour croire que parce qu’on dit les choses, le problème est réglé et on peut passer à autre chose… Je lui explique que c’est pas si simple, on discute un peu, je m’énerve un peu après lui, il finit par me sortir « Pour hier soir, je suis désolé, j’avais trop bu, je te le dis franchement, je ne me souviens plus exactement de ce que j’ai dit mais c’était n’importe quoi, c’était horrible et j’aurai pas du dire ça » Ce type va finir par me rendre complètement folle… « Bon ok, alors qu’est ce que tu voulais dire ? » « Nan mais je voulais pas le dire comme ça, je me suis mal exprimé » Sérieusement il va me tuer… « Ecoute, pour l’instant on se voit on discute, on va boire un verre, on boit, on couche ensemble et le lendemain on se fait la bise, mais si la situation te rend malheureuse et que tu veux qu’on arrête de se voir, je comprendrai et je t’en voudrai pas » On discute un peu et je lui explique que je sais très bien que je ne peux pas l’ « avoir » – de toute façon maintenant on ne se reverra pas avant octobre ? novembre ? – mais quand je le vois j’ai envie d’en profiter, et qu’il arrange pas la situation avec ses signaux contradictoires. « Tu sais, il faut pas que tu croies que ça ne veut rien dire pour moi » OK un nouvel élément, super, ça m’aide… Il me prend dans ses bras et me fait des câlins. Je ne suis pas bien, depuis le début de la conversation, je pleure, lui aussi se sent mal, d’ailleurs à un moment il a même fallu que je lui prête mon mouchoir… Il me serre contre lui et me murmure à l’oreille « Tu vas me manquer ». Il ferait mieux de ne rien dire… « Je veux pas que tu sois triste » Je ne connais qu’un seul moyen de le faire taire… (et c’était vachement bien)
On finit par se lever et s’habiller. Les autres débarquent des chambres, boivent du café, tout le monde est crevé. C’est l’heure de partir, on part à 4 au métro, moi, H et deux de ses potes. H. a l’air plutôt en forme, je suis sereine, avant de venir je savais que c’était la dernière fois qu’on se voyait avant longtemps, alors au final, cette soirée ne changera pas grand-chose, j’ai juste eu des réponses à certaines de mes questions, et puis je m’en pose des nouvelles. On est assis tous les quatre dans la rame, je dois descendre au bout de deux stations, les mecs continuent jusqu’à Montparnasse. Je vois le visage d’H. se décomposer au fur et à mesure que ma station se rapproche. Je dois changer, je me lève et il m’accompagne jusqu’à la porte, je lui met la main sur l’épaule, lui fait la bise, je sors du métro, il me lance « éclate toi bien en Espagne et puis tu donneras quand même de tes nouvelles de temps en temps… » Je me retourne une dernière fois, comme toujours avant de lui dire au revoir, pour une fois ce n’est pas moi qui suis au bord des larmes…
6 réponses jusqu'à présent ↓
Simonie // mai 27, 2007 à 2:38 |
Ah ouais quand même… m’enfin ça évolue un peu non ?
Bon ben bon courage pour les mois qui viennent, j’espère que tu ne seras pas trop hantée quand même… puis qu’est-ce qu’il attend pour venir vivre à Londres lui ???
J’ai adoré cette phrase
“Je ne connais qu’un seul moyen de le faire taire… (et c’était vachement bien)”
Bon vivement ton grand retour, tu nous a manqué tu sais !!!
Shurka // mai 27, 2007 à 10:21 |
Et bien je ne sais pas quoi dire, ce texte m’a beaucoup ému… j’espère vraiment que tu trouveras ce que tu souhaites avec ce H.
*envoit un baiser affectif*
ma2thieu // mai 28, 2007 à 7:00 |
Comme Shurka, j’ai un peu de mal à écrire après ce texte. Votre relation est très complexe. Ni l’un ni l’autre ne savait où vous en êtes… Pas facile…
eddie // mai 28, 2007 à 8:34 |
Pas facile, complexe…
Chaque relation est différente, on ne peut pas donner de conseils sur quelque chose qu’on ne connait et qu’on ne vit pas soi même…
mais
Juste pour dire qu’une relation éloignée, ça peut marcher, c’est pas facile, mais c’est possible
Dire aussi qu’un mec est souvent plus indécis qu’une nana, et a plus de mal à se décider, parfois… (dans un sens ou dans l’autre, hein, concrétiser ou finir)
Bref, courage, bonnes vacances en espagne, change toi les idées
Mélissa // mai 28, 2007 à 9:49 |
Ca fait plaisir de te retrouver, Sad!
Comme tu vois, on ne t’as pas oublié non plus
Je persiste et signe tout de même sur mon avis premier. Ce garçon ne sait pas ce qu’il veut (il me semble que toi oui) et ça empoisonne ta vie. Les relations toxiques te bouffent émotionellement et physiquement et ce qu’on peut en retirer n’est pas assez pour justifier la peine qui l’accompagne.
C’est peut-être très naïf de ma part mais je pense que l’amour ne devrait pas nous rendre aussi malheureux.
Allez, profite de tes vacances et je t’embrasse.
Sad Song // mai 29, 2007 à 12:14 |
J’ai pas eu le temps d’en parler mais j’ai l’impression qu’il va pas bien (je pense pas que ce soit lie a moi): il boit trop, en parlant de sa depression l’an dernier il a sorti que “ses amis avaient pas vraiment ete la” et “qu’il s’en etait sorti, enfin plus ou moins”, donc voila, j’ai l’impression qu’il se sent seul et ca complique encore les choses