Try to put a word in for me

Re

mai 27, 2007 · 10 commentaires

On m’a toujours dit «à Londres, pas besoin de payer pour le net, tu arrives toujours à capter un réseau non protégé de chez toi » Ben figurez vous que c’est pas vrai… Mais heureusement, après plus de deux mois de galère, mon coloc devrait, normalement, faire installer le net chez nous. J’espère donc retrouver une connexion en rentrant de vacances en Espagne mi-juin… Si tout va bien… En attendant, j’ai le plaisir de vous annoncer que vous louper des tas de trucs intéressants (ou pas) de ma vie, est que si vous êtes sages (ou pas) un jour je vous raconterai :

*La fois où on s’est fait cambrioler
*La fois où on m’a demandé ma carte d’identité pour acheter des ciseaux
*La fois où je suis rentrée en France
*La fois où je suis allée randonner dans le Surrey
*La fois où Spiderman III est sorti
*La fois où on m’a demandé d’aider la section Benelux
*La fois où on a décidé de tester tous les bars à cocktail de Soho
*La fois où ma Russe est venue à Londres
*La fois où j’ai failli travailler un samedi
*La fois où le proprio est venu nous rendre visite
*La fois où je suis allée à la fête foraine
*La fois où on a eu une augmentation
*La fois où ma sœur a eu un poisson rouge
*La fois où j’ai voulu acheter un maillot de bain
*La fois où un de mes collègues s’est fait assassiner
*La fois où j’ai fait une heure de queue pour pouvoir voter
*La fois où je me suis inscrite à la gym
*La fois où une famille souris s’est invitée dans les locaux de la boîte
*La fois où j’ai vu l’orchestre philharmonique de la BBC
*La fois où j’ai pris mon premier taxi londonien
*La fois où tout le monde a oublié mon anniversaire
*La fois où j’ai croisé des stars du foot

Limite j’ai envie de les numéroter et d’organiser un vote par SMS, les trois propositions élues se retrouvant avec un article mais bon…

En attendant, comme je suis sympa, je vous livre deux épisode des feux de l’amour pour le prix d’un…

Part I
Entracte
Part II

Catégories : Et sinon...

#15 Paris again

mai 27, 2007 · 6 commentaires

Je sors de la station et le cherche des yeux. Il arrive derrière moi, me tape sur l’épaule, me fais la bise. Il est seul, ses potes et collègues l’ont plus ou moins laissé tomber. On file dans un pub pour regarder la finale de la Cup, il est nerveux et concentré sur le foot. On discute un peu comme si de rien n’était. Il m’explique que ce soir, il y aura l’ex du hooligan, que j’avais rencontrée à son anniversaire. Je ne dois pas lui dire qu’il est en train de mal tourner à Londres. Et je ne dois pas dire au hooligan que son ex sort avec un autre pote de H. chez qui on va ce soir. Lequel pote part bientôt au Japon retrouver sa copine officiel. Oui je sais c’est compliqué. C’est aussi le commentaire de H. qui ajoute ensuite « Enfin nous, on est mal placés pour parler d’histoire compliqué » Tiens donc, maintenant nous parlons d’histoire ? Un de ses potes nous rejoint, le match se termine sur la défaite de Man U., chacun rentre chez soi et on se donne rendez-vous le soir vers 21h.

Je rentre chez ma Russe, lui fait un compte rendu rapide de ma soirée et commence à me préparer. Je file prendre le tram, j’ai 5 mn d’attente, trois Italiens engagent la conversation, ils veulent m’emmener à leur soirée Erasmus, on descend à la même station, on cherche le métro et on tombe sur H. qui les regarde d’un œil mi-amusé mi-mauvais. Direction Malakoff et la soirée de son pote, on est parmi les premiers, des potes du pote d’H. qu’il connaît plus ou moins. La soirée est sympa mais pas mémorable. Je suis assez gênée quand les gens demandent comment H. et moi nous sommes rencontrés… On est arrivés ensemble, ils croient donc qu’on est ensemble… Même son amie, l’ex du hooligan, qui pourtant doit être au courant de la situation, fait une réflexion « H. il tape sa femme ! » (on se battait à coup d’oreillers) Là je me demande ce qui est le pire : être avec quelqu’un mais faire comme si de rien n’était devant tout le monde, ou que tout le monde s’imagine que vous êtes un couple alors que non…

J’essaie d’être distante, enfin, plus distante que d’habitude, et ça marche… Il me cherche, me taquine… Il boit beaucoup, est un peu énervé, un peu agressif, m’embête comme un gamin qui réclame un peu d’attention. On discute dans un coin, il prend son portable et appelle ma Russe. Il est une heure du mat’, elle est en train de bosser son mémoire, je suis assez énervée qu’il la dérange, je lui prends son téléphone des mains. Je le laisse tout seul avec ses délires d’alcolo et pars rejoindre les autres sur le canapé. Il me suit, il est vexé que sa blague débile ne m’ait pas plu, il continue à boire, délire tout seul avec sa bière pendant qu’une grande discussion de futurs profs anti-sarko est lancé à l’autre bout du canapé. J’écoute d’une oreille, surveillant les délires d’H de l’autre. Il me regarde, fait mine de tendre le visage vers moi comme s’il voulait un baiser, il s’endort à moitié sur mon épaule, se réveille pour aller se chercher une autre bière. Je suis à moitié allongée sur le sofa, il est assis à l’autre bout, mes pieds à proximité. Il commence un massage, « y en a qui ont un de la chance » nous sort une des nanas, « et oui t’as vu, je l’ai bien dressé » . On reste en petit comité, les guitares sont de sortie, le jeu vidéo karaoké aussi. Les voisins se plaignent, vers 5h du mat tout le monde va se coucher, H et moi prenons le canapé lit.

On s’allonge côte à côte sans rien dire et on reste comme ça une petite dizaine de minutes. Il passe son bras autour de mon cou et me serre contre lui, j’ai la tête sur sa poitrine, son cœur bat à toute vitesse, il vient doucement frotter son nez contre le mien, on reste comme ça une éternité et il finit par m’embrasser. « C’est pas bien » Il me répond qu’il sait, mais il continue à m’embrasser. On finit par coucher ensemble une nouvelle fois.

Je lui demande si ça va. « Ouais et toi ? » « Je sais pas » « Pourquoi tu sais pas ? »Tentative assez lamentable de sa part de gagner du temps « Tu sais très bien pourquoi » « non dis moi » « Arrête… » Il ne dit plus rien « Et tu sais ce que c’est le pire ? Ne pas savoir ce que toi t’as dans le crâne et ce que t’en penses » « Ce que je pense de quoi ? » Mais putain il le fait exprès… « De tout ça » Silence, puis « Déjà je pense que ça mène nulle part » « Je sais » « Et puis je pense que c’est arrivé, parce que toi comme moi, et je dis bien toi comme moi, on n’a pas trouvé mieux » OK, là y a rien à répondre. Il continue à parler mais je ne l’écoute plus. Je suis blasée et vaguement dégoûtée. Je me détourne et pleure en silence, autant de rage que de tristesse. Il met sa main sur mon épaule mais je le repousse brusquement. J’essaie de m’endormir, enveloppée dans la seule couverture. Le laisser se geler les couilles, ce sera ma vengeance débile pour m’avoir prise pour une conne. Y a quand même une différence entre « Toi à Londres, moi à Paris » et « Bah j’ai rien trouvé de mieux alors en attendant quoi… » Je fais des rêves assez violents, au réveil j’ai envie de lui balancer des horreurs…

On est tous les deux réveillés mais on ne parle pas. Je lui lance des regards noirs. Je ne sais plus qui engage la conversation. Toujours est-il qu’il s’excuse et dit qu’il ne voulait pas me faire de peine. « C’est raté » « Désolé… » « N’empêche, t’as bien abusé de la situation » « … » « Tu m’as déçu » « … » « En fait tu vaux pas mieux que les autres » « … » J’ai envie de continuer sur ce ton mais je sais qu’au fond, il n’est pas le seul à être en tort, j’aurai dû écouter ce qu’il me disait plutôt qu’essayer d’analyser ses moindres faits et gestes. Puis je vois qu’il se sent plutôt mal. Il essaie de se défendre comme il peut « Mais tu savais que c’était pas sérieux non ? » Y a bien qu’un mec pour croire que parce qu’on dit les choses, le problème est réglé et on peut passer à autre chose… Je lui explique que c’est pas si simple, on discute un peu, je m’énerve un peu après lui, il finit par me sortir « Pour hier soir, je suis désolé, j’avais trop bu, je te le dis franchement, je ne me souviens plus exactement de ce que j’ai dit mais c’était n’importe quoi, c’était horrible et j’aurai pas du dire ça » Ce type va finir par me rendre complètement folle… « Bon ok, alors qu’est ce que tu voulais dire ? » « Nan mais je voulais pas le dire comme ça, je me suis mal exprimé » Sérieusement il va me tuer… « Ecoute, pour l’instant on se voit on discute, on va boire un verre, on boit, on couche ensemble et le lendemain on se fait la bise, mais si la situation te rend malheureuse et que tu veux qu’on arrête de se voir, je comprendrai et je t’en voudrai pas » On discute un peu et je lui explique que je sais très bien que je ne peux pas l’ « avoir » – de toute façon maintenant on ne se reverra pas avant octobre ? novembre ? – mais quand je le vois j’ai envie d’en profiter, et qu’il arrange pas la situation avec ses signaux contradictoires. « Tu sais, il faut pas que tu croies que ça ne veut rien dire pour moi » OK un nouvel élément, super, ça m’aide… Il me prend dans ses bras et me fait des câlins. Je ne suis pas bien, depuis le début de la conversation, je pleure, lui aussi se sent mal, d’ailleurs à un moment il a même fallu que je lui prête mon mouchoir… Il me serre contre lui et me murmure à l’oreille « Tu vas me manquer ». Il ferait mieux de ne rien dire… « Je veux pas que tu sois triste » Je ne connais qu’un seul moyen de le faire taire… (et c’était vachement bien)

On finit par se lever et s’habiller. Les autres débarquent des chambres, boivent du café, tout le monde est crevé. C’est l’heure de partir, on part à 4 au métro, moi, H et deux de ses potes. H. a l’air plutôt en forme, je suis sereine, avant de venir je savais que c’était la dernière fois qu’on se voyait avant longtemps, alors au final, cette soirée ne changera pas grand-chose, j’ai juste eu des réponses à certaines de mes questions, et puis je m’en pose des nouvelles. On est assis tous les quatre dans la rame, je dois descendre au bout de deux stations, les mecs continuent jusqu’à Montparnasse. Je vois le visage d’H. se décomposer au fur et à mesure que ma station se rapproche. Je dois changer, je me lève et il m’accompagne jusqu’à la porte, je lui met la main sur l’épaule, lui fait la bise, je sors du métro, il me lance « éclate toi bien en Espagne et puis tu donneras quand même de tes nouvelles de temps en temps… » Je me retourne une dernière fois, comme toujours avant de lui dire au revoir, pour une fois ce n’est pas moi qui suis au bord des larmes…

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# 14 – Entre-deux

mai 27, 2007 · Un commentaire

7 mai et je suis triste. Rioch me donne rendez-vous chez lui dans l’ouest, à une bonne demi-heure de métro. Je n’ai pas envie d’y aller mais bon, si je reste chez moi je vais déprimer toute la journée. Je repasse la soirée d’hier en boucle, particulièrement le moment où ils m’ont laissé au métro sans me jeter un regard. Je n’ai pas eu de nouvelles depuis, même pas un texto pour me demander si j’étais bien rentrée, rien… Je crois avoir compris que j’ai eu tout ce que je pouvais avoir pendant ce week-end, et que je ne peux espérer mieux. J’arrive à Ealing vers 15 :00. « Ca te dit d’aller à la fête foraine à côté ? » Je n’ai quasiment pas dormi, j’ai la gueule de bois et je n’ai rien pu avaler de la journée mais soit. Entre deux manèges débiles, je sens mon portable vibrer dans mon sac et le nom que j’attendais s’affiche sur l’écran. Je décroche mais n’entends rien à cause du bruit. Il raccroche au bout de quelques secondes. Je suis excitée et perturbée…

Rioch m’emmène chez lui, on s’assied devant Friends, ses colocs font des allers et retours dans le salon, on monte dans sa chambre pour jeter un coup d’œil aux horaires de Spiderman, je reste un peu pour vérifier mes emails. Je redescends dans le salon, je jette un œil à mon portable, deux appels en absence et un nouveau message. J’essaie d’appeler mon répondeur mais Vodafone me refuse l’accès parce que je n’ai plus de crédit… J’entends des rires génés et une voix qui dit « Euh tu parles de celle qui est debout dans l’entrée ?» Une des nanas dans la cuisine, croyant que j’étais partie, a du dire un truc du genre « C’était ta nouvelle copine ? ». Personnellement, je suis trop frustrée de ne pas pouvoir écouter ce putain de message pour en avoir quelque chose à foutre mais Rioch est rouge comme une tomate. Je prétexte la fatigue, je dois rentrer chez moi, j’ai des trucs à faire et surtout je dois recharger mon téléphone pour écouter mon répondeur. Sur le message, rien de très important au final, il espère que je suis bien rentrée, que ça va mieux, il est désolé pour les soirées et les délires bien masculins sur le foot, il faut pas que j’hésite à l’appeler quand je serais sur Paris dans deux semaines, deux-trois blabla sans importance puis la voix qui se casse un peu pour me dire que dans l’Eurostar du retour il se sentait super mal… Un sms pour lui dire de pas s’inquièter pour moi et à bientôt… Je suis perdue, j’aurai préféré ne pas avoir de nouvelles, le message aurait été plus clair…

Deux semaines qui se passent sans trop de nouvelles, juste un appel mercredi 15 mai pour se trouver un point de rendez-vous samedi après-midi, il en profite pour m’inviter à une soirée le samedi soir. Je ne sais pas, il faut que j’en parle à ma Russe, c’est chez elle que je dois squatter ce week-end. Je dois le rappeler le samedi midi.

Vendredi soir je sors de l’Eurostar et ma Russe m’attend sur le quai. On file chez elle, et je lui raconte les dernières nouvelles. On file à Monoprix et je suis ébahie devant le rayon frais, j’avais oublié qu’il y avait autant de marques de yaourt et de fromage en France… On mange un morceau chez elle puis on file prendre un cocktail près des Champs. Un détour par l’hôtel où elle travaille et on attrape un bus de nuit de justesse. J’avais oublié à quel point les transports en commun nocturnes sont quasi inexistants à Paris. Le lendemain, j’ai envie de voir la Tour Eiffel, on va se promener vers le Champ de Mars puis on déjeune dans une crêperie. Il est presque 15 :15 et j’ai rendez-vous avec H. à St Michel, je prends le RER la gorge serrée et arrive sur place avec quelques minutes de retard…

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#13 Six mai – shit day

mai 27, 2007 · 2 commentaires

La journée du 6 mai commence en fait le vendredi 4 au soir. Il est 23h30, je suis couchée, et les cocktails que Rioch m’a payés commencent enfin à m’assommer. J’ai passé la soirée à peser le pour et le contre. Ce mec me veut, info certifiée par ma coloc. Mais il ne me plaît pas. Mais ce soir je ne sais pas pourquoi j’ai envie de me laisser tenter. Pour me venger. Parce que je suis persuadée qu’H. a une copine, parce qu’il ne donne pas de nouvelles puis soudain : « pardon je suis très occupé en ce moment », que je veux pouvoir lui balancer dans la figure la prochaine fois « tu sais je vois quelqu’un… » Bientôt… Parce qu’il est à Londres pour le week-end. Que je pensais qu’on allait se voir dès ce soir. Mais qu’il m’a sorti qu’il arrivait à 20h à Waterloo et que ça faisait trop tard pour nous. Nous c’est moi et son pote Hooligan chez qui il squatte. Toute la soirée j’ai attendu un appel, un sms pour savoir où on se retrouve demain pour aller au resto… Appel qui n’est pas venu évidemment. J’ai eu un coup au cœur avant de me mettre au lit en voyant un message sur mon répondeur. Fausse alerte, un bruit de fond, juste mon coloc qui m’a appelé de sa poche… Il est 23h30 donc et je suis en train de sombrer quand mon portable se met à vibrer. Envie de ne pas répondre, envie de le détester, mais je ne peux pas résister. « Salut, demain mon pote bosse toute la journée donc si tu veux on peut passer l’après-midi tous les deux et le soir on ira au resto. » Bon ok…

5 mai, 15h et des poussières. Je le vois arrêté de l’autre côté du passage piéton me faisant des grands signes. On part en direction d’un pub quelconque, assis l’un en face de l’autre, on boit, une pinte, deux pintes, trois pintes, les regards se font de plus en plus insistants et les phrases sont pleines de sous-entendus. Il est 16h30 et nous sommes officiellement bourrés… Il passe un coup de fil au Hooligan pour lui donner rendez-vous à Brick Lane pour dîner. Pour cette soirée il me faut mon appareil numérique. Qui est chez moi. Il faut donc qu’on aille chez moi. On arrive, bonjour rapide à mes colocs, on monte, il me faut mon appareil, un autre sac, changer de chaussures… Il s’est allongé sur mon lit et il attend que je le rejoigne. Je ne me fais pas prier. Je lui caresse le visage, il m’enlace, il m’embrasse, je croyais qu’il ne faisait pas de bisous… « Si, quand c’est vraiment important, j’en fais » D’un coup j’ai une réponse à une grosse partie de mes questions, même si au fond je sais très bien qu’il n’a pas changé d’avis. Ce qu’il confirmera après : « Ca va toi ? Toi à Londres, moi à Paris, rien de sérieux ? Ca va ?» Je n’ai pas vraiment le choix… Mais cette fois au moins il ne refusera pas les câlins, au contraire… On retrouve le Hooligan pour aller au resto, H. lui annonce cash qu’il dort avec moi ce soir. On est tous les trois crevés et affamés, on mange indien puis on finit dans un pub, les deux mecs sont à fond et passent en revue tous les chants de supporters de leur répertoire, je suis morte de rire. On rentre vers minuit, le Hooligan prend son bus, nous un taxi, on va se coucher, je m’endors dans ses bras…

Réveil avec des câlins et des bisous, j’ai droit à toute la tendresse que je n’avais pas eu à Paris… Les mecs vont voir un match de foot de seconde division, on doit se retrouver vers 17h pour les résultats, moi je fais un peu de ménage puis je me prépare à aller voter… Pour le premier tour, je suis arrivée vers midi et demi au bureau de vote et j’ai fait la queue une heure. Cette fois je pars à 15h, ça devrait être plus long, je compte avoir fini à 17h et rejoindre directement les gars. Evidemment cette fois tout le monde est venu voter en matinée, il n’y a personne et en 10 mn tout est réglé… J’appelle les mecs mais pas de réponse, je vais faire un tour au Victoria & Albert Museum, H. finit par m’appeler et repousser le rendez-vous à 18h… Je suis énervée, il n’en a rien à foutre de passer plus de temps avec moi, cette soirée va être pourrie, j’imagine le pub plein de Sarkozystes et les résultats puants, devoir dire au revoir à H. comme ça sans craquer…. A 18h pile je suis à la station de métro, à 18h05 il m’appelle pour dire qu’ils arrivent dans 20mn, à 18h45 ils finissent par se pointer… J’ai la rage et une énorme boule au ventre, je parle à peine, je réponds très sèchement, c’est ça ou éclater en sanglots… Et je vois sur son visage qu’il se sent très mal…
On arrive au pub. Tout est blindé, tout le monde est debout, ambiance match de foot, tous en bleu évidemment… Il reste deux minutes avant les résultats. Les nanas avec les grosses lunettes Gucci, les mecs en petit polo ou chemise et pull autour du cou, tout le monde hurle le décompte. H. passe son bras autour de mon épaule, je me blottis dans ses bras : « on reste pas là, s’il te plait, s’il te plait, s’il te plait, on s’en va, j’ai envie de vomir, j’ai envie de tous leur cracher à la gueule, je t’en prie, je t’en supplie, ils me dégoûtent tous , s’il te plait, s’il te plait ». 3, 2, 1, la gueule de l’autre enculé s’affiche sur l’écran, je m’effondre. Il m’emmène dehors, me serre dans ses bras, me réconforte comme il peut, je me souviens juste d’une phrase parmi d’autres « tu rencontreras d’autres garçons ». Il tient à me ramener dans le pub, le Hooligan a commandé des bières, je refuse catégoriquement… Dehors un fils à papa qui n’a jamais dû avoir à compter sur une bourse étudiante ou allocation chômage pour survivre me regarde d’un air narquois. Un autre gueule dans son téléphone « Allô Arthuuur, c’est la folie ici, attends, t’imagines, on doit être 90% pour Sarkoeuh, c’est énormeuh, la France est sauvéeuh »… Je m’éloigne un peu, je vais faire un tour dans les rues pendant que H. est retourné chercher le Hooligan, j’essaie de me calmer. Je pars à la rencontre des mecs, ils marchent vers moi, H. a l’air atterré, le Hooligan a le visage baissé et secoue la tête j’ai l’impression qu’il rit. Ils s’approchent, le Hooligan me dépasse, il est en larmes en fait : « J’ai honte, j’ai honte, putain j’ai honte d’être français… ». H. a l’air complètement désemparé, il nous regarde l’air inquiet, s’excuse : « je suis désolé, je suis le pire dans l’histoire, pour moi un con ou une conne c’est du pareil au même, je ressens rien du tout… ».

On s’installe dans un pub, sans télé, sans Français, sans personne. Le Hooligan et moi pleurons à tour de rôle, H. vient s’asseoir près de moi, m’embrasse dans les cheveux, essaie de nous réconforter « vous au moins vous êtes à Londres… », Oui mais rien à foutre… La tête entre les mains, il finit par craquer lui aussi de nous voir si mal… J’essaie de le consoler à mon tour, je me sens coupable qu’il soit dans cet état à cause de nous. On part manger un morceau, mon ex coloc a laissé ses merdes de fan Manchester United à la maison, je refile tout à H. qui est aux anges, il a déjà un super décapsuleur qui chante des chants de supporters, donc il offre le deuxième à son pote. « Tiens, tu vois, quand je te dis que cette meuf, elle déchire ! » Son pote part aux chiottes. H. est assis en face de moi, il a les larmes aux yeux « Demain dans l’Eurostar je vais être vraiment mal » « Pourquoi… ? » «Vous voir dans cet état, je pensais pas que c’était si important pour toi, au début je croyais que tu pleurais à cause de moi… » Là je suis bien obligée d’avouer que c’était un peu des deux « T’as pas le droit d’être triste à cause de moi, tu peux être triste à cause de Sarko, mais tu peux pas être triste à cause de moi… » Je n’ai pas grand chose à répondre à ça, je dis rien, j’ai ma main sur sa joue et je plonge mon regard dans le sien, il tremble et il est au bord de craquer à nouveau… Son pote revient, ils reprennent leur concours de chants de supporters, je suis claquée mais refuse de le(s) laisser avant le dernier métro… On file terminer la soirée dans un pub, on se pose à une table, les mecs font les cons une fois de plus, le Hooligan part pisser (encore). H. se tourne vers moi pour « un dernier bisou », il m’embrasse, je lui fais remarquer que je n’avais rien demandé «oui mais je suis sûr que t’en voulais un » Il amorce un geste que j’interprète comme une tentative de câlin, je me rapproche mais fais un faux mouvement et renverse mon verre de bière sur la table. Je viens sans doute de gâcher la dernière occasion de lui demander ce qu’il attend vraiment de moi… Le Hooligan revient, c’est l’heure de quitter le bar. On repart au métro, les mecs me font la bise « bon bah salut » et s’en vont sans se retourner…

Le dernier métro s’arrête à Earls Court, une dizaine de stations de chez moi… Je cherche l’arrêt de bus en pleurant, j’explique la situation politique française à un Australien bourré. Je change de bus à Trafalgar Square au milieu des gens qui rentrent de soirées. J’arrive chez moi une heure plus tard, mes draps ne sont pas secs, j’en ai une seule paire, donc histoire de couronner le tout, je dors à même le matelas. Demain est férié mais ce sera sûrement pas la fête…

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